Le Gouvernement Wallon rencontre le secteur TIC.
Gros succès lors de l'évènement du 29 juin dernier!
Le CIO-Club Wallonie-Bruxelles recevait M. le Ministre-Président Rudy Demotte au Cercle de Wallonie, en collaboration avec l'Infopôle et AGORIA.
Plus de 120 personnes assistaient à cette présentation dont nous vous présentons la synthèse ci-dessous.
L'informatique administrative à l'heure "post-GIEI"
En février 2008, le gouvernement wallon, s'appuyant notamment sur les conclusions d'un audit externe réalisé par Ramboll Management et ICT Control, décidait de dénoncer la convention qui liait la Région au GIEI. Il avait alors été décidé de se donner trois ans pour organiser la transition, c'est-à-dire rapatrier certaines compétences et préparer l'ouverture au marché de divers pans de l'informatique administrative.
Environ 8 mois avant l'échéance du préavis (et moins de 6 mois pour ce qui concerne la Communauté française) (1), l'exposé qu'était venu faire le Ministre-Président Rudy Demotte, ce 29 juin 2010, devant un parterre d'acteurs informatiques wallons et bruxellois invités conjointement par le CIO Club Wallonie-Bruxelles, l'INFOPOLE Cluster TIC et Agoria, avait, évidemment, une importance toute spéciale. L'objectif était de faire le point sur l'état d'avancement de la transition et sur les perspectives qu'offrent à ces acteurs, grands ou petits, les futurs projets liés à l'informatique administrative- que ce soit en matière de fourniture d'équipements, de développement d'applications, de consultance, de maintenance ou de gestion de projets.
Nouveau contexte, nouveaux défis
A l'époque de la signature du contrat, en 1989, le GIEI est arrivé à un moment essentiel, dans un contexte de décentralisation et de réorganisation de l'Etat, soulignait Rudy Demotte. Il fallait partir d'une page blanche, tout créer. Le GIEI nous a bien aidé dans ces moments-là mais aujourd'hui, le contexte est celui de l'ouverture au marché.
Rudy Demotte mettait d'emblée l'accent sur la nécessité de faire preuve de prudence dans la démarche entamée: il y a des erreurs à ne pas commettre, comme de suivre le chemin emprunté dans certains pays où une brutale externalisation s'est traduite par un flop parce que les conditions étaient épouvantables et que l'on se contentait de jeter les feuilles [du contrat] à la figure des prestataires qui ne pouvaient dès lors intervenir efficacement.
C'est là, selon lui, une raison logique pour expliquer le choix d'un phasing out plutôt que d'un big bang. En clair, s'il y aura bel et bien ouverture au marché dès mars 2011, seuls, dans un premier temps, 50% de l'ensemble de l'informatique administrative wallonne seront mis en concurrence. Une prudence qui s'explique aussi par la nécessité de garantir la continuité du service public et de permettre la consolidation de la gestion de l'informatique administrative. Et de citer quelques-uns de ses rôles: paiement des fonctionnaires, des factures, gestion des recettes et marchés publics, octroi de subsides... En tout, 160 projets IT sont initiés annuellement, le budget informatique 2009 était de 51 millions d'euros. C'est beaucoup. Sous entendu, à ne pas réattribuer à la légère, sans avoir balisé les modalités, moyens et perspectives.
La teneur de ces 50%
L'objectif est de parvenir rapidement à ces 50% mais il y a des difficultés, soulignait Rudy Demotte. Certains pans sous-entendent des métiers qu'il faut s'approprier. Les 50% restants seront progressivement mis en concurrence. On y trouve notamment les applications GCOM (comptabilité publique) et ULIS (salaires).
Francis Mossay, directeur général de la DGT2 (Budget, Logistique et ICT), et Thierry Bertrand, Inspecteur général du DTIC (département ICT), nommé à ce poste en avril de cette année, apportaient quelques précisions. Les premiers marchés, ouverts au début 2011 (mi-mars ou même plus tôt pour certains d'entre eux), concerneront la fourniture de matériels et de services liés à la gestion de l'infrastructure (bureautique, gestion de serveurs, entretien du parc IT...) et le développement d'applications. Mais ce dernier sera lui-même organisé en plusieurs phases. Seules les nouvelles applications seront immédiatement mises sur le marché. Les applications aujourd'hui en production viendront plus tard. Qui plus est, le passage de témoin entre applications existantes et nouvelle génération ne sera considéré comme réussi qu'après que les nouvelles applications aient été développées, testées et implémentées. Ce succès conditionnera la sortie totale de la convention GIEI. Impossible donc de dresser dès à présent un calendrier précis.
Autre aspect des choses: les moyens et compétences à mettre en oeuvre par le DTIC. Parmi les nouvelles missions qui lui ont été confiées, Rudy Demotte cite le développement et la gestion de l'infrastructure ICT et des réseaux, la préservation de la sécurité, l'analyse et l'évaluation des besoins ICT, le développement et l'implémentation des solutions communes aux différentes DG, la gestion et l'entretien du parc informatique. Cet exercice de réappropriation et, parfois, de création de compétences sous-entend un effectif suffisant et pertinent. Le cadre visé est de 66 ETP. Actuellement, seuls 37 postes sont pourvus et un recrutement de 23 personnes supplémentaires est en cours. Dans l'espoir de pouvoir les engager d'ici septembre.
Ouverture à tous?
Nous aurons systématiquement recours aux marchés publics ouverts à toutes les entreprises informatiques capables de répondre aux cahiers de charges, indiquait le Ministre-Président. Je suis persuadé qu'il y a place pour les PME informatiques wallonnes. Elles disposent en effet de nombreux outils et ont les connaissances, la flexibilité, la capacité de se remettre rapidement en cause, la réactivité nécessaires pour répondre aux importants enjeux et à la complexité des projets à venir.
Toutefois, certains critères de sélection seront posés, tels celui du chiffre d'affaires minimal (250.000 euros) qui sera pris en compte. A la question de savoir si cela ne risque pas d'éliminer nombre de candidats potentiels, les responsables du DTIC répondaient qu'il était toujours loisible à de petits acteurs de rechercher des partenariats afin de dépasser certaines limites. Mais Francis Mossay défendait l'idée d'un seuil minimal: En fonction des projets, les entreprises [soumissionnaires] doivent avoir une certaine taille. L'administration veut des partenaires forts. Thierry Bertrand invoquait en outre le fait que la sortie du GIEI impliquait une charge de travail pour le DTIC. Il est dès lors utile de limiter la complexité qui prévaudrait si chacun pouvait s'adresser à la Région. Il s'agit de rendre la remise sur le marché praticable et d'autoriser les comparaisons.
Synergies - avec ou sans open sourcePour Rudy Demotte, il ne fait aucun doute que l'ICT est l'un des enjeux d'une stratégie politique synergique entre la Wallonie et la Communauté française - même si une fusion DTIC-ETNIC ne semble pas être à l'ordre du jour. La nécessité et la volonté de transcender les institutions valent d'ailleurs également pour et avec les autres niveaux de pouvoir: fédéral, pouvoirs locaux et provinciaux. Et le Ministre-Président de citer en exemple le portail des marchés publics. D'autres projets sont à l'étude ou en préparation, tels une centrale des marchés publics et la définition d'un accord de collaboration entre les deux entités pour monitorer l'ensemble des besoins et déterminer comment remplir les cahiers de charges selon une approche commune entre Communauté française et Région wallonne. S'il soulignait que la priorité absolue était l'exercice de phasing out (premier socle de décisions à prendre), il affirmait également que ce n'est pas pour autant que nous attendons que tout soit fini au niveau régional pour mettre d'autres choses en place. Il saluait ainsi le travail effectué par Easi-Wal ou les réalisations de CommunesPlone ou Qualicité. Les communes seront en outre invitées à mettre en place une structure de mutualisation, au départ des initiatives CommunesPlone et Qualicité.
En faisant allusion à ces projets, le Ministre-Président faisait le lien avec la question de l'open source dont on sait qu'il a déjà, par le passé, souligné l'importance et le caractère potentiellement porteur pour les réalisations de la Région, le secteur public pouvant (devant) être à la fois consommateur et co-producteur (2). Les développements open source, soulignait-il à nouveau, peuvent permettre à des développeurs de venir s'accrocher à ce mouvement et de créer ainsi de la valeur.
Une réflexion est en outre en cours, au sein de l'ETNIC et du DTIC, sur les perspectives et les potentialités de l'open source.
Toutefois, indiquait Francis Mossay, il n'est pas possible de tout mener de front. Il faut d'abord concrétiser la mise en concurrence des premiers 50%.
Mais, au-delà des priorités et des contraintes, deux concepts de base doivent demeurer: ouverture et mutualisation. Dans le chef du pouvoir public, la philosophie est la suivante: que la solution soit basée sur du logiciel libre ou non, l'objectif reste la mutualisation au meilleur prix".
Un secteur mobilisé, en attente du bon signal
En préalable à l'exposé du Ministre-Président et aux sessions de questions-réponses, Benoît Hucq, président du conseil d'administration de l'INFOPOLE Cluster TIC et vice-président d'Agoria TIC, avait rappelé que l'image du secteur ICT wallon (8.000 acteurs et 17.000 emplois) peut se résumer en trois mots: diversification, structuration et innovation. Côté diversité, les deux points forts des acteurs locaux sont, d'une part, les services et la consultance et, de l'autre, le développement de produits et de solutions logicielles. Le tissu ICT régional dispose ainsi des moyens nécessaires pour répondre aux besoins du secteur public et des ressources et compétences pour analyser les besoins, assurer les réalisations, déploiements et mises en oeuvre nécessaires. Et de rappeler aussi que certains acteurs locaux ont su se donner une stature européenne, notamment dans les domaines de la gestion financière ou documentaire, le CRM ou encore l'e-health.
Porteur d'innovation, versé désormais dans les techniques de réseautage qui favorisent les transferts et échanges de compétences, entretenant des rapports fructueux avec le monde universitaire, le secteur ICT wallon est mobilisé, rappelait encore Benoît Hucq qui se disait persuadé que le secteur public a tout intérêt à ouvrir ses portes à des acteurs de taille modeste ayant une réelle valeur ajoutée à lui apporter.
Le secteur ICT wallon attend désormais de découvrir les modalités et le cadre dans lequel ses différents acteurs, opérant seuls ou réunis en alliances temporaires, pourront poser utilement leur candidature aux divers appels d'offre (publiés sur le site http://marchespublics.wallonie.be) qui devraient voir le jour en mars prochain, voire peut-être même un peu plus tôt.
D'ici quelques semaines, le DTIC devrait dévoiler ce qu'il appelle sa carte de sourcing, préalablement validée par le gouvernement wallon, qui détaillera les lots de prestations à mettre sur le marché. Pour chaque lot, cette cartographie sera jointe au cahier de charges afin de permettre aux soumissionnaires d'avoir une vue globale sur le cadre général et de comprendre aisément quel sera leur domaine de responsabilité et quelle relation ils devront entretenir avec d'autres. Des séances publiques d'information seront en outre organisées pour expliquer le contexte des marchés. Enfin, un compte mail spécifique (marchespublics.dtic@spw.wallonie.be) permettra d'obtenir des informations concernant les procédures de marché et de déposer des soumissions.
Pour visionner la vidéo réalisée par l'AWT : http://www.awt.be/web/res/index.aspx?page=res,fr,foc,100,113
(1) La date fatidique est le 14 mars 2011 pour la Wallonie, le 31 décembre 2010 pour la Communauté française.
(2) Voir la déclaration de Pascale Delcomminette, chef de cabinet et, pour l'occasion, porte-parole du Ministre-Président, lors du séminaire "Open the source: opportunités des logiciels libres", organisé par le CETIC, l'INFOPOLE Cluster TIC et le réseau LIEU (avec la collaboration du CIO-Club Wallonie / Bruxelles), le 26 novembre 2009.